Tract du 1er Mai


Le premier mai à Pau, trois membres de FET ont distribué sur la manifestation du 1er mai, qui fut un succès avec 2000 participants un tract qui fut accueilli avec curiosité et interêt. Il reprend en grande partie des extraits de textes de SAT-Amikaro, qui sont disponibles sur son site internet.

Une exigence sociale :

la communication mondiale sans entraves linguistiques !

Aujourd’hui dix nouveaux pays entrent dans l’Europe. Ils apportent 9 nouvelles langues de travail.

Et des problèmes de traduction...

"La question linguistique ne fait pas l’objet de grands débats dans les instances communautaires, et pourtant elle constitue sans doute l’une des bombes à retardement les plus dangereuses pour la construction européenne. Car ce qui était valable à six, à neuf, voire à douze, devient un véritable casse-tête au-delà."

Bernard Cassen, Le Monde Diplomatique. Février 1993

Lorsque la Communauté Européenne avait neuf langues officielles, chaque mot traduit de l’une d’elles vers les huit autres coûtait 2 francs français. ("The European", 20-22.12.1991) 3 150 000 mots étaient alors traduits chaque jour. Le nombre des langues est passé à onze au 1er janvier 1995. Avec seulement deux langues en plus, le budget de la traduction a été augmenté de 40%.

Il importe de savoir que le nombre de combinaisons possibles, donc d’interprètes nécessaires pour la traduction simultanée, s’obtient par la multiplication du nombre de langues en présence par le nombre de langues vers lesquelles chacune d’elles doit être traduite, autrement dit, par exemple, 9x8, 10x9, etc. En conséquence, il faut 72 interprètes pour 9 langues, 90 pour 10, 110 pour 11, 132 pour 12, 156 pour 13, 182 pour 14, et déjà 210 pour 15. Et cela même s’il n’y a qu’un seul intervenant pour chacune des langues. De plus, il s’agit là d’un chiffre minimal, car les interprètes doivent être relayés très fréquemment en raison de la très grande tension nerveuse que provoque leur travail. L’ordre des mots n’étant pas le même dans toutes les langues, l’interprète peut être obligé d’attendre la fin d’une phrase avant de commencer à traduire oralement, tout en écoutant et en traduisant mentalement la phrase suivante.

... qui s’aggravent !

Avec les langues supplémentaires ce problème est devenu insoluble. Aussi, il est proposé de ne plus traduire dans toutes les langues. Reste le problème de savoir quelles langues ne seront pas langues de travail.

Mais, bien entendu, aucune nation ne veut que sa langue disparaisse ! De plus, on sait avec l’exemple de l’ONU que même si plusieurs langues de travail existent officiellement, dans les faits seul l’anglo-américain est utilisé.

Reste alors une seule solution qui soit acceptable par tous : l’utilisation d’une langue construite qui ne soit celle d’aucun pays, d’aucun peuple. L’Espéranto, en à peine plus d’un siècle d’existence a prouvé son efficacité pour les échanges internationaux dans tous les domaines. Beaucoup plus simple à apprendre que les langues nationales il sera mieux maîtrisé par tous, permettant de réels échanges de qualité.

Georges Kersaudy, ancien traducteur international, tirait cette conclusion : « La solution du bon sens consiste à recourir à l’Esperanto pour sauvegarder la position de toutes les langues nationales, faute de quoi on assistera au succès définitif de la tendance actuelle, c’est-à-dire de la suprématie d’une nouvelle variété de langue anglaise, le "conglish" ou continental english, le pidgin des Européens continentaux, ou créole des sous-anglophones du continent européen. [...]

Faute de disposer d’informations sérieuses sur la question, nos représentants à l’Union Européenne sont finalement amenés à proposer le maintien de la situation actuelle, en sachant bien qu’elle nous conduit irrémédiablement à la domination du "conglish" et à la décadence inévitable de toutes nos langues nationales, y compris l’anglais correct, déjà victime de l’usage qui en est fait couramment en Europe continentale et dans les quatre autres continents. Si l’on en croit les instances officielles, il faut nous résigner à cette situation pitoyable et à cette évolution catastrophique vers le crépuscule et l’anéantissement des langues et des cultures de l’Europe. »

Aujourd’hui un nombre de plus en plus important de parlementaires et de citoyens de différents pays reconnaissent dans l’Espéranto une solution au problème de la communication internationale.

Alia Mondo eblas... per alia lingvo !

(un autre monde est possible au moyen d’une autre langue)

Syndicalisme sans frontières

Apparemment pratique, le choix d’une seule langue nationale de grande diffusion serait discriminatoire. Il accorderait un privilège démesuré aux seuls pays dont la langue serait déjà officialisée. L’utilisation de l’anglais impose déjà un modèle anglo-américain de société au monde entier. Bien plus qu’une langue internationale, il est l’instrument d’une satellisation tranquille et insidieuse, d’une manière de voir, de vivre, de penser et de ressentir qui va à l’encontre des besoins et des intérêts des autres peuples. Quand au multilinguisme généralisé, il ne résout pas le problème de la communication internationale.

Déjà excessivement lourd, coûteux et malcommode pour les organismes internationaux, le recours aux services d’interprétation se révèle encore plus inadapté dans les réunions et rencontres internationales entre les travailleurs et les militants syndicalistes ou associatifs.

Ainsi, le 12 octobre 1991, c’est précisément l’organe de la FGTB, Syndicats, qui avait déjà dressé ce tableau d’une conférence syndicale européenne : "Réunir 650 délégués de 25 multinationales européennes de 21 pays d’Europe n’est pas une mince affaire. C’est ce qu’a pu constater la CES (Confédération Européenne des Syndicats) ces 26 et 27 septembre à Maastricht. Une salle énorme, l’installation de traduction... et toute une armée d’interprètes pour assurer la traduction simultanée en néerlandais, français, allemand, espagnol, italien ou anglais... Plus européen n’existe pas et cela donne tout de suite une idée concrète des problèmes pratiques qu’aura à résoudre le Conseil d’entreprise européen s’il veut faire face à l’internationalisation de plus en plus poussée de l’économie. »

Le Gutenberg (30 janvier 1992), organe hebdomadaire du Syndicat du Livre et du Papier de Suisse Romande a pour sa part rappelé d’autres aspects du problème avant de donner quelques informations sur l’espéranto : "Le recours aux services d’interprétation, déjà excessivement lourd, coûteux et malcommode pour les organismes internationaux (Unesco, ONU, CEE, etc.), se révèle insatisfaisant lors des réunions syndicalistes internationales. Tout militant intéressé par l’intervention de tel ou tel délégué ne peut s’adresser à lui sans intermédiaire, par exemple lors des pauses ou des repas. Les relations suivies sont ainsi très limitées. Le courrier reçu dans une langue étrangère exige d’être traduit, de même que la réponse. Toute action coordonnée est ainsi entravée par des tâches purement bureaucratiques. Le budget de l’organisation est lui-même amputé pour réaliser une semblant de communication."

Dans "Libération" (23 avril 2001), dans un article intitulé "L’eurosyndicalisme balbutiant", Muriel Gremillet et Thomas Lebègue signalaient que quelque 600 comités d’entreprise européens avaient du mal à jouer pleinement leur rôle contre des projets de délocalisation ou de fermeture de sites. La barrière des langues, que certains considèrent comme inexistante ou sans conséquences, ou même comme une vue de l’esprit, apparaît dans toute sa réalité : "les syndicalistes qui y siègent ne parlent pas la même langue et passent leur temps à courir derrière les interprètes pendant les réunions préparatoires. "De toutes façons, ça ne facilite pas vraiment la tâche, explique la fédération agroalimentaire de la CGC. On est sous un casque, à écouter des phrases qui ont parfois été traduites trois ou quatre fois. C’est difficile dans ces conditions d’être subtil."

On pourrait, peut-être, en revenir au bon sens du congrès de 1906 de la CGT réuni à Amiens qui avait adopté la motion suivante :

« Le Congrès : Considérant que l’émancipation intégrale des travailleurs ne peut s’opérer qu’internationalement mais que les différences de langage sont une entrave matérielle et presque insurmontable à l’entente des prolétaires de tous les pays :

Constatant l’extrême facilité d’apprentissage de la langue Espéranto et les éminents services qu’elle est appelée à rendre à la classe ouvrière organisée nationalement et internationalement : Pour ces motifs : Le IVème Congrès Confédéral invite les secrétaires de Fédérations Nationales, de Bourses du Travail, de syndicats ouvriers et les militants desdites organisations, à faire la plus active propagande pour l’étude, la pratique et l’extension de la langue internationale Espéranto et à créer, partout où ce sera possible, des cours du soir pour tous les travailleurs. »

Fédération Espérantiste du Travail
115 rue Béranger F-92320 Chatillon